MASSE ÉMOI 

mémoire dirigée par Marc Thébault
2017 


Jour après jour, se succèdent des informations sans que nous puissions toujours en comprendre le contenu ou interroger les émotions qu’elles convoquent. Les rythmes de la vie se sont accélérés et frénétiquement nous consultons nos écrans électroniques submergés de messages et d’images ... Dans ce flux, il est difficile de se repérer, de trouver une position, le bon angle critique, souvent faute de temps. Les média et l’énorme réseau de libre diffusion, permettent aujourd’hui à tout un chacun, de publier une trace de ses actions qu’elles soient triviales ou exceptionnelles.

Dans cette société narcissique et individualiste, quelle est la place de l’artiste ?
Est-ce que tout le monde peut être un artiste ? De cette masse de gens qui s’expriment librement, qu’est-ce qui mérite d’être retenu, entendu ? De cette profusion des langages interactifs comment extraire, s’extraire, se soustraire ?

L’humanité peine à sortir des anciens mondes
qui la hante, pour s’ouvrir à un futur qui n’a pas encore trouvé ses règles du jeu, toujours troublée et dépassée par les nouvelles technologies. Nous sommes dans un entre-deux, un état de veille. Et il est temps de trouver sa voie, ses voies, des voies.

La culture de masse m’a toujours fascinée. À la fois issue de codes imposés par une industrie capitaliste et de création originale sur les réseaux, cette culture est contradictoire et extrêmement riche. Dans notre société ultra-connectée, elle est accessible et compréhensible par tous. Mais, quand elle touche à la création, cette culture de masse est souvent dépréciée par les acteurs de la vie culturelle et artistique. Une frontière s’érige entre la culture savante et la culture de masse.

À partir de mes questionnements, j’ai voulu par ce mémoire trouver une voie, des voix pour tenter d’ y répondre. La première partie de ma recherche se plonge dans ce que je nomme « ANCIENS MONDES » : pour mieux cerner d’où vient la culture de masse et les émotions qui en découlent. Puis dans une deuxième partie, l’« ENTRE-DEUX », qui qualifie cette période d’étrange transition dans laquelle nous nous situons, j’analyse la position de certains artistes dans la société et propose une réflexion et introspection sur ce qui fait de nous un créateur contemporain. Enfin, dans la dernière partie, « FUTURS À MODÉLISER », j’exprime ma méthode, mes partis pris de création qui donne, dans une forme de laboratoire, une large place au groupe pour être ensemble et créer en restant libre.

Ce laboratoire, est ici une plateforme, un plateau
de jeu. Pour comprendre ce qui m’entoure, je crée une fiction, qui permet de décrire notre société. Il faut comprendre cet émoi de la masse, le flux d’information, la multiplicité des questions. Alors, deux personnages m’ont aidées pour cela : M et B.

Le jeu pouvait commencer.
Qui sont-elles ? Où vont-elles ? Inspirée du récit de Denis Diderot Jacques le fataliste et son maître, M et B débattent à voix haute. A la fois amnésiques et instruites, elles questionnent les anciens mondes, l’entre deux et les futurs à modéliser. Par leur conversation, elles cheminent, questionnement en tentatives de réponses, de pensées secrètes en partage d’expériences. Ces dialogues fluidifient les différents propos que je voulais aborder, mais surtout, permettent la recherche d’une voix authentique.

« Les contradictions sont notre seul espoir » Berthold Brecht.

Mais que retenons nous d’une conversation ? Il me fallait un témoin qui dispose de son identité propre, celle d’un narrateur à la marge, d’une voix off.
Cette voix analyse les comportements de M et B, commente et dessine les paysages qu’elles traversent; comme si l’œil d’une caméra était en permanence allumé pour garder une trace de leurs échanges.

Pour éclairer les propos qui y sont tenus, j’ai déroulé une bande d’images, de données visuelles, comme autant de contacts en prise directe sur la réalité.

Et puis, pour compléter la plateforme, je propose
un autre chemin de lecture par des schémas, objets plastiques qui ont été essentiels pour mettre en place mes écrits.

Mark